Sénégal : Quand la route compte aussi ses morts !

Un accident de la route a encore endeuillé des familles au Sénégal, mais c’est un phénomène récurrent en Afrique qu’il faut nécessairement prendre à bras le corps pour réprimer conséquemment. Dans la nuit de samedi au dimanche 8 janvier 2023, deux bus sont entrés en collision dans le département de Kaffiné à 250 km de la capitale Dakar pour causer un drame supplémentaire à celui déjà mal vécu par les populations avec le drame issu des convulsions politiques dans l’affaire d’accusation de viol de l’opposant Ousmane Sonko.

Le bilan provisoire fait déjà état de 39 morts et 78 blessés. Un drame énorme dont les démons sont encore aux aguets dans un pays aussi moderne que le Sénégal, où le voyage en bus censé conduire à bon port et qui au contraire conduit à une destination de non retour à jamais et donc à la mort. Tous les gouvernements africains doivent absolument se saisir de l’occasion pour reformer leurs législations en la matière, afin de dissuader les conducteurs des bus pour réduire leurs accidents et leurs corolaires de drame.

Mais en dehors du Sénégal, ces genres d’accident sont de plus en plus, monnaie courante dans les pays africains, où les investisseurs dans le domaine du transport semblent être plus forts que les Etats eux-mêmes, au point où ils perpétuent les morts impunément. Ainsi dans la plupart des pays africains, la libéralisation du secteur du transport n’a pas tenu compte du danger de la route pour muscler la législation, en écartant toute circonstance atténuante à tout engin de transport voyageur ayant ôté la vie à autrui.

D’autant que le voyageur, qui achète un billet de bus ne devrait pas se retrouver dans une situation de celui qui a « signé un contrat avec la mort avec un conducteur de bus », mais « un contrat de destination à bon port », bien indiqué sur le billet de bus.   

Quelques éléments de l’enquête de l’accident de Kaffiné au Sénégal révèlent que le bus de voyageurs a quitté sa trajectoire suite à l’éclatement d’un pneu « heurtant frontalement un autre bus venant en sens inverse », selon un communiqué du procureur de la République de Kaolack.

Ce terrible accident, qui a suscité une vive émotion au sein de la population sénégalaise, au point de faire réagir des leaders d’opinion tels que Ousmane Sonko qui a annoncé le « report » de ses activités de levée de fonds prévues aujourd’hui. Le président Macky Sall a d’ores et déjà décrété trois jours de deuil national, à partir de ce lundi 9 janvier.

Il est préférable d’entamer des reformes sérieuses, qui répriment efficacement les auteurs de « crimes d’accident » en vue de sécuriser les services de transport, les usagers et les citoyens de manière plus adéquate.

Le ministre de la santé a quant à lui appelé à contribution tous les services d’urgence des hôpitaux, les services de réanimation et les blocs opératoires pour apporter un secours conséquent. « Tous sont en état d’alerte maximale pour répondre aux besoins de prise en charge exceptionnelle », en a-t-il appelé.

L’heure n’est pas encore à la recherche des boucs émissaires, mais à assumer cette responsabilité partagée entre transporteurs et les gouvernants, afin d’éviter à l’avenir un tel drame récurrente en Afrique et pour la nation sénégalaise.

Malheureusement, nos États se caractérisent encore par un comportement laxiste face aux accidents de la route. On décrète des jours de deuil national en occultant l’essentiel qui consiste à tirer les leçons afin d’y remédier définitivement.

Aujourd’hui encore, si la route tue, pendant que les moustiques officient avec leur meurtrier paludisme et causent aussi des morts, sans compter ceux que l’insécurité occasionne ces derniers temps au Sahel particulièrement et sur toute l’Afrique, en général.

ABOUBACAR SOUMAÏLA

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Author: Mourya Niger