Par RODRIGUE FENELON MASSALA
𝗟𝗮 𝗽𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗲 𝗠𝗮𝗵𝗮𝗺𝗮𝗱𝗼𝘂 𝗜𝘀𝘀𝗼𝘂𝗳𝗼𝘂 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗴𝗿𝗮𝗻𝗱𝘀 𝗿𝗲𝗻𝗱𝗲𝘇–𝘃𝗼𝘂𝘀 𝗮𝗳𝗿𝗶𝗰𝗮𝗶𝗻𝘀 𝗿𝗮𝗽𝗽𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗾𝘂’𝗮𝘂–𝗱𝗲𝗹𝗮̀ 𝗱𝗲 𝘀𝗼𝗻 𝘀𝘁𝗮𝘁𝘂𝘁 𝗱’𝗮𝗻𝗰𝗶𝗲𝗻 𝗰𝗵𝗲𝗳 𝗱’𝗘́𝘁𝗮𝘁 𝗻𝗶𝗴𝗲́𝗿𝗶𝗲𝗻, 𝗶𝗹 𝗱𝗲𝗺𝗲𝘂𝗿𝗲 𝗹’𝘂𝗻𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗲𝗿𝘀𝗼𝗻𝗻𝗮𝗹𝗶𝘁𝗲́𝘀 𝗮𝘂𝘅𝗾𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗹’𝗨𝗻𝗶𝗼𝗻 𝗮𝗳𝗿𝗶𝗰𝗮𝗶𝗻𝗲 𝗮 𝗰𝗼𝗻𝗳𝗶𝗲́ 𝘂𝗻𝗲 𝗺𝗶𝘀𝘀𝗶𝗼𝗻 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗶𝗻𝗲𝗻𝘁𝗮𝗹𝗲 𝗺𝗮𝗷𝗲𝘂𝗿𝗲 : 𝗮𝗰𝗰𝗼𝗺𝗽𝗮𝗴𝗻𝗲𝗿 𝗹𝗮 𝗺𝗶𝘀𝗲 𝗲𝗻 œ𝘂𝘃𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗭𝗼𝗻𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗶𝗯𝗿𝗲–𝗲́𝗰𝗵𝗮𝗻𝗴𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗶𝗻𝗲𝗻𝘁𝗮𝗹𝗲 𝗮𝗳𝗿𝗶𝗰𝗮𝗶𝗻𝗲. 𝗗𝗮𝗻𝘀 𝘂𝗻 𝗡𝗶𝗴𝗲𝗿 𝗽𝗿𝗼𝗳𝗼𝗻𝗱𝗲́𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲́ 𝗱𝗲𝗽𝘂𝗶𝘀 𝟮𝟬𝟮𝟯, 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝘀𝘁𝗮𝘁𝘂𝗿𝗲 𝗽𝗮𝗻𝗮𝗳𝗿𝗶𝗰𝗮𝗶𝗻𝗲 𝗽𝗼𝘂𝗿𝗿𝗮𝗶𝘁 𝗲́𝗴𝗮𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗰𝗼𝗻𝘀𝘁𝗶𝘁𝘂𝗲𝗿 𝘂𝗻 𝗰𝗮𝗽𝗶𝘁𝗮𝗹 𝗽𝗼𝗹𝗶𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗲𝘁 𝗱𝗶𝗽𝗹𝗼𝗺𝗮𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗱𝗼𝗻𝘁 𝗹𝗮 𝗽𝗼𝗿𝘁𝗲́𝗲 𝗱𝗲́𝗽𝗮𝘀𝘀𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗳𝗿𝗼𝗻𝘁𝗶𝗲̀𝗿𝗲𝘀 𝗻𝗶𝗴𝗲́𝗿𝗶𝗲𝗻𝗻𝗲𝘀.
Il y a une forme de continuité dans les apparitions publiques de Mahamadou Issoufou sur la scène africaine. L’ancien président du Niger n’a pas disparu du paysage continental après son départ du pouvoir en 2021. Bien au contraire, il a progressivement installé son rôle d’ancien chef d’État dans une nouvelle fonction : celle d’un acteur de l’intégration africaine. En 2017, l’Union africaine lui avait confié la responsabilité de champion de la Zone de libre-échange continentale africaine. Son action a accompagné les négociations, la conclusion de l’accord, son entrée en vigueur puis le lancement des échanges commerciaux en janvier 2021. Il sied de noter que dans la même année, Afreximbank, le Secrétariat de la ZLECAf, l’Union africaine et la CEA lui ont d’ailleurs rendu hommage pour ce leadership.
Cette mission n’est donc pas seulement honorifique. En 2026 encore, Issoufou continue de rencontrer des dirigeants africains pour promouvoir la mise en œuvre de la ZLECAf. Au Burundi, en août 2026, il a notamment échangé avec le président Évariste Ndayishimiye président en exercice de l’Union Africaine sur les protocoles commerciaux, l’investissement, le numérique, la propriété intellectuelle, les femmes et les jeunes dans le commerce. Mahamadou Issoufou a pris part aux rencontres de l’Union africaine organisées à El Alamein (Égypte) du 2 au 4 octobre 2026 en sa qualité de Champion de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
À ce titre, l’ancien président nigérien a participé à plusieurs rendez-vous majeurs de l’intégration économique, notamment le Forum Afrique d’El Alamein, le Sommet du NEPAD ainsi que la 8ᵉ Réunion de coordination de l’Union africaine.
𝗨𝗻𝗲 𝘀𝘁𝗮𝘁𝘂𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗱𝗲́𝗽𝗮𝘀𝘀𝗲 𝗱𝗲́𝘀𝗼𝗿𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗹𝗲 𝘀𝗲𝘂𝗹 𝗡𝗶𝗴𝗲𝗿
Le paradoxe de Mahamadou Issoufou est qu’il est peut-être aujourd’hui davantage identifié dans certains milieux africains à l’intégration économique continentale qu’à son ancien statut de président du Niger. Son discours au lancement opérationnel de la ZLECAf à Niamey en 2019 témoignait déjà d’une vision qui associait libre-échange, infrastructures, industrialisation, transformation des matières premières, emploi des jeunes et consolidation des institutions.
Cette vision lui donne aujourd’hui un positionnement particulier au moment où le continent cherche à passer d’un panafricanisme essentiellement politique à un panafricanisme davantage économique.
Ses interventions récentes vont dans ce sens. À Lomé, en mai 2026, il a encore plaidé pour l’accélération de l’intégration économique africaine, la suppression des barrières non tarifaires, le renforcement de la coopération sécuritaire et la mobilisation de financements pour l’Agenda 2063. Il existe donc une cohérence entre le parcours présidentiel d’Issoufou et son activité post-présidentielle : faire du Niger un point de passage entre les différentes composantes de l’Afrique et défendre une conception d’une Afrique intégrée, souveraine et capable de maîtriser davantage ses chaînes de valeur.
𝗟𝗲 « 𝗽𝗿𝗶𝘀𝗺𝗲 𝗱𝗲́𝗺𝗼𝗰𝗿𝗮𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲 » 𝗱’𝗜𝘀𝘀𝗼𝘂𝗳𝗼𝘂 𝗽𝗲𝘂𝘁-𝗶𝗹 𝗿𝗲𝗱𝗲𝘃𝗲𝗻𝗶𝗿 𝘂𝗻 𝗰𝗮𝗽𝗶𝘁𝗮𝗹 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹𝗲 𝗡𝗶𝗴𝗲𝗿 ?
Au regard de ses activités à l’échelle continentale et internationale notamment en sa qualité de champion de la ZLECAf, cette voie apparaît comme sa nouvelle porte d’entrée géopolitique. En effet, C’est probablement sur le terrain économique que l’ancien président nigérien dispose aujourd’hui de la marge d’action la plus clairement établie. La ZLECAf permet de dépasser les clivages entre Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Afrique du Nord et Afrique de l’Est. Issoufou lui-même défend régulièrement l’idée d’une Afrique économiquement intégrée, sans séparation artificielle entre le Nord et le Sud du Sahara. Cette approche pourrait avoir une résonance particulière pour le Niger. Pays sahélien enclavé, le Niger a besoin de corridors commerciaux, de connexions énergétiques, d’investissements, de marchés et d’une diversification de ses partenariats. La ZLECAf offre précisément un cadre continental dans lequel ces enjeux peuvent être pensés.
Le rôle d’Issoufou pourrait donc être moins celui d’un acteur de confrontation politique que celui d’un facilitateur continental, capable de défendre les intérêts économiques du Niger dans un environnement régional profondément reconfiguré.
A cet effet, nous observons avec cette carte diplomatique, et au regard de la situation du Niger qui reste suspendu au sein des instances de l’Union Africaine, la question centrale devient alors celle-ci : le Niger pourrait-il transformer le capital continental d’Issoufou en instrument de sa nouvelle diplomatie ?
La réponse dépendrait naturellement de la volonté des autorités nigériennes et de l’évolution du contexte politique intérieur
Mais une chose est observable : l’ancien président continue de circuler dans les capitales africaines, de rencontrer des chefs d’État et de porter des dossiers continentaux. Lors de son entrevue avec le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, qui a eu lieu en marge du sommet de coordination africain de juillet 2025, ils ont principalement discuté de l’intégration du continent, du développement, ainsi que de la paix et de la sécurité. Les 2 et 4 octobre 2026, dans la nouvelle capitale égyptienne El-Alamein, comme nous l’avons mentionné plus haut, Issoufou a été une fois de plus l’hôte du président égyptien Al Sissi qui l’a invité à prendre part au Sommet des États fondateurs du NEPAD, centré sur le 25e anniversaire du NEPAD et à la 8eme session de coordonnation de l’Union africaine en cours d’année. Cette capacité à dialoguer avec des dirigeants appartenant à des espaces géopolitiques différents (Afrique du Nord, Sahel, Afrique de l’Est ou Afrique centrale), constitue un atout potentiel dans une Afrique où les alliances deviennent de plus en plus multidirectionnelles.
𝗩𝗲𝗿𝘀 𝘂𝗻𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗳𝗼𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗮𝗻𝗰𝗶𝗲𝗻𝘀 C𝗵𝗲𝗳𝘀 𝗱’𝗘́𝘁𝗮𝘁 𝗮𝗳𝗿𝗶𝗰𝗮𝗶𝗻𝘀 ?
Le cas Issoufou pose finalement une question plus large sur le rôle des anciens présidents africains. L’Afrique connaît aujourd’hui une multiplication des crises politiques, des transitions militaires, des tensions institutionnelles et des recompositions géopolitiques. Dans ce contexte, certains anciens chefs d’État peuvent devenir des acteurs de médiation, de diplomatie informelle ou d’intégration économique. Issoufou dispose, de ce point de vue, d’une particularité : il n’est pas seulement un ancien président. Il est aussi devenu un responsable continental doté d’un mandat politique précis autour de la ZLECAf. Son avenir politique pourrait donc ne pas se mesurer uniquement à l’aune d’un éventuel retour au pouvoir à Niamey. Sa véritable influence pourrait se situer dans sa capacité à contribuer à la construction d’un nouveau compromis africain autour de trois exigences : souveraineté, intégration et légitimité institutionnelle.
C’est ici que commence la dimension politique de la question
Le Niger de 2026 n’est plus celui que Mahamadou Issoufou a quitté en 2021. Le coup d’État de juillet 2023 a profondément modifié les équilibres politiques, institutionnels et diplomatiques du pays. Le pouvoir du général Abdourahamane Tiani a progressivement réorienté les alliances du Niger, notamment avec la sortie de la CEDEAO et le rapprochement avec le Mali et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel.
Dans ce nouvel environnement, Issoufou représente une autre séquence de l’histoire politique nigérienne : celle de l’alternance électorale, du pluralisme institutionnel et d’une diplomatie fortement articulée avec les organisations régionales et internationales. La Fondation Mo Ibrahim, qui lui a attribué son prix pour le leadership africain en 2020, souligne précisément son départ du pouvoir au terme de ses deux mandats et son engagement en faveur de l’intégration africaine.
Mais cette dimension démocratique doit être appréciée avec nuance. Elle ne signifie pas automatiquement qu’Issoufou pourrait ou devrait revenir au premier plan de la politique intérieure nigérienne. Son expérience présidentielle appartient à une période déterminée, avec ses acquis mais également ses controverses et ses limites. La question plus intéressante est peut-être ailleurs : son expérience institutionnelle peut-elle servir de passerelle entre le Niger d’hier, le Niger d’aujourd’hui et le Niger de demain ?
Pour le Niger, son expérience démocratique et institutionnelle peut constituer un capital de dialogue, à condition de ne pas être conçue comme une tentative de restauration mécanique du passé. Dans un Sahel transformé par les crises sécuritaires, les coups d’État, la montée du souverainisme et la recomposition des alliances, l’enjeu serait plutôt de rechercher les points de convergence entre les aspirations nouvelles et les acquis institutionnels. À cet Issoufou pourrait ainsi être moins un homme du « retour » qu’un homme de la « passerelle ».
𝗣𝗮𝘀𝘀𝗲𝗿𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗹𝗲 𝗡𝗶𝗴𝗲𝗿 𝗲𝘁 𝗹’𝗔𝗳𝗿𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗶𝗻𝘀𝘁𝗶𝘁𝘂𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹𝗹𝗲
Passerelle entre souveraineté et intégration continentale.
Passerelle entre l’expérience démocratique et les nouvelles exigences politiques du Sahel. Et, surtout, passerelle entre une Afrique longtemps organisée autour de frontières politiques et une Afrique que la ZLECAf cherche désormais à transformer en un véritable espace économique intégré.
En somme, après avoir examiné le rôle d’Issoufou, ancien président du Niger, on réalise qu’il existe une vie au-delà du pouvoir et qu’avec du capital politique, on peut le transformer en opportunités de dialogue.
La présence de Mahamadou Issoufou dans les grands rendez-vous africains rappelle que son parcours n’appartient plus exclusivement à l’histoire politique du Niger. Son rôle dans la construction de la ZLECAf lui confère une dimension continentale durable. C’est peut-être dans cette fonction de trait d’union, davantage que dans toute perspective de retour aux affaires, que réside aujourd’hui la portée stratégique du leadership de Mahamadou Issoufou.
Dans une période de recomposition politique, les anciens chefs d’État peuvent parfois jouer un rôle qui n’est ni celui d’un opposant classique ni celui d’un candidat au pouvoir. Dans cette perspective, l’expérience d’Issoufou pourrait être utile non pas comme modèle à reproduire mécaniquement, mais comme source d’expérience et de dialogue.
𝗥𝗼𝗱𝗿𝗶𝗴𝘂𝗲 𝗙𝗲́𝗻𝗲́𝗹𝗼𝗻 𝗠𝗮𝘀𝘀𝗮𝗹𝗮
Rodrigue Fenelon Massala est Grand Reporter à Financial Afrik. Diplômé en Diplomatie de l’ENAM de Ouagadougou et titulaire d’un Master 2 en management des médias et communication de l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille et d’un Master de Droit, Economie et Gestion, mention Management de l’université de Lille, Rodrigue Fenelon Massala est un panafricaniste passionné de culture, de géopolitique internationale, d’histoire contemporaine et de la finance africaine.
Par RODRIGUE FENELON MASSALA
4 octobre, 2026







