Sécurité: Les contours troubles de la libération de l’otage allemand Jörg Lange

L’humanitaire allemand de 63 ans Jörg Lange, enlevé le 11 avril 2018 dans la zone d’Ayerou (Ouest du Niger, frontalière du Mali), a finalement été libéré après 4 ans de détention. L’humanitaire qui travaillait pour l’ONG HELP, avait été enlevé par des hommes armés à moto, qui l’auraient ensuite « vendu » au groupe Etat islamique au grand Sahara (devenu Wilaya Sahel de l’EI).

Au delà de la réaction de l’ONG qui  «remercie vivement toutes les personnes qui ont contribué à cette libération ou qui l’ont soutenue, en particulier la cellule de crise du ministère des Affaires étrangères, la police criminelle, ainsi que les autorités et des amis au Mali, au Niger et dans les pays voisins», l’implication des services de renseignements de la sous-région est sujette à interrogation. On apprend ainsi selon le journal français Le Figaro que « c’est grâce aux services secrets marocains et à leurs contacts avec des groupes djihadistes dans le Sahel que cette libération a pu avoir lieu ».

Il faut dire que les « liaisons dangereuses » voire suspectes entre les services de renseignements de certains pays et des groupes terroristes, font aujourd’hui débat dans un contexte de guerre géopolitique entre des Etats souvent belligérants par rapport à certains dossiers chauds. Il est en effet un secret de polichinelle que Iyad Ag Ghali, patron du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM) entretient de bonnes relations avec les services secrets algériens comme l’atteste du reste ses fréquents allers-retours en territoire algérien. Selon le chercheur algérien qui s’exprimait l’année dernière dans les colonnes de Jeune Afrique, ” .Depuis le premier mandat de l’ex-président algérien Bouteflika, la politique contre-terroriste algérienne a toujours oscillé entre la carotte et le bâton, c’est-à-dire une lutte contre-terroriste basée sur des opérations régulières et des raids musclés, tout en laissant la possibilité pour les jihadistes de se rendre en échange d’une forme d’amnistie. Des contacts sont établis dans le cadre de négociations. Cela permet de laisser l’option politique sur la table et ne pas se limiter à l’option sécuritaire ».D’où les soupçons de « soutien » dont bénéficierait son groupe de la part de l’Algérie.

Face à cette donne, le Maroc pourrait avoir pris des contacts au niveau de l’EIGS grand rival du JNIM dans la bande sahélienne. Un EIGS qui comme on le sait, a été fondé par des ex-combattants du Front Polisario. Au centre de cette guerre de l’ombre entre les services de renseignements marocains et algériens, se trouve la vieille brouille entre les deux pays concernant le Sahara occidental.

A ce jour, 5 occidentaux sont détenus en otages par les groupes terroristes qui sévissent au Sahel. Il s’agit du Français Olivier Dubois, enlevé le 5 mai 2021, l’Américain Jeffery Woodke enlevé le 14 octobre 2016 à Abalak (région de Tahoua au Niger), l’Australien Arthur Kenneth Elliott (enlevé le 15 janvier 2016 dans le Nord du Burkina Faso), le Roumain Iulian Ghergut (enlevé le 4 avril 2015 au Nord du Burkina Faso par Al Mourabitoune affilié par la suite à Al Qaida), et un autre Allemand, le père Hans-Joachim Lohre, probablement enlevé depuis fin novembre, sans revendication. Le nombre d’otages est cependant beaucoup plus important, selon certains spécialistes des questions sécuritaires qui expliquent que certaines disparitions sont encore inexpliquées, car non encore connues ou revendiquées.

GARE AMADOU

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Author: Mourya Niger