Lawali Ali :« Je suis certes un handicapé, mais je refuse de mendier ! »

Les limites du vice de la mendicité viennent s’exprimer en plein jour, lorsque surtout les auteurs prennent eux-mêmes conscience de la gravité des choses.

C’est en pleine rue de Niamey que nous l’avons trouvé en train de faufiler au milieu des voitures, sous les bruits de klaxon des véhicules et de motos. Certains lui assaillent d’insultes. D’autres compatissent et essaient de le comprendre et le contournent gentiment.

Lawali Ali est un handicapé locomoteur. Il n’a presque pas de jambes, d’autant qu’il ne peut pas user d’elles pour marcher. Ce qui le réduit à user uniquement de ses membres supérieurs pour travailler.

Surtout que Lawali a opté pour le travail. Une manière pour lui d’être utile, malgré son handicap. Il entend exploiter ce que « le bon Dieu lui a donné », explique-t-il. Il dit remercier déjà le créateur d’être vivant. Il a 22 ans. Il vient de Zabori dans la région de Dosso.

Assis sur un morceau de patineur de fortune, lui servant de locomotion, sa table sur les jambes, il revend des articles divers. Des mouchoirs, des parfums, de gadgets de véhicules dont les couvre-volants, des pommades pour hommes, des porte-clefs, etc.

« Chaque matin, je suis là dès 7 heures jusqu’à la tombée du jour. Souvent, j’ai les premiers clients, qui achètent bien. Souvent, j’ai des clients, qui me frappent à coups de pieds. Certains m’insultent et m’intimident l’ordre de quitter la rue, sans quoi, les menaces continuent sur moi. Je pleure, je me tais et je me rends compte que ce sont des méchants. Je me console moi-même, parce que Dieu a dit dans le Coran que les méchants n’ont pas d’avenir. J’oublie tout et la vie continue», explique Lawali.

« Certains automobilistes et autres conducteurs de motos prêtent attention à de gens comme nous. Mais d’autres ne sont pas attentifs à moi. Certains chauffeurs ne sont pas normaux au volant et dès que je le remarque, je fuis rapidement la voie, parce qu’ils peuvent m’écraser. On m’a raté à plusieurs reprises. C’est Dieu seul, qui me sauve. Je le remercie infiniment pour cela. Je remercie aussi les gentilles personnes de la rue. Elles ne sont pas nombreuses. La plupart des gens sont très violents quand ils conduisent. On dirait qu’ils ont d’autres problèmes. C’est souvent mon loisir personnel de regarder les conducteurs filer à tombeau ouvert, sans craindre même pour leurs propres vies, à fortiori celles des autres. Monsieur, dans la rue, on voit du tout. Certaines choses sont indescriptibles », raconte-t-il.  

A la question, est-ce qu’il s’en sort malgré tout, dans cet environnement hostile. Il répond, « je gagne en moyenne entre 5.000 à 10. 000 F par jour et souvent rien. Mais dans l’ensemble, je m’en sors mieux, grâce à Dieu. Je viens même au secours de mes parents de Djindjou, non loin de Dosso », explique-t-il. « J’ai déjà payé les frais de scolarité de mon petit frère dans une école privée, parce qu’il a été renvoyé en classe de 6è à Dosso », précise le handicapé Lawali Ali. 

A la question de savoir quel autre défi est-il confronté en dehors de celui du risque qu’il encoure chaque jour dans la rue. Il nous explique qu’il a même été retiré de la liste de ses camarades handicapés ; parce qu’il refuse de mendier. On lui a proposé à plusieurs reprises de former un groupe des mendiants pour aller en exode, où l’on gagne beaucoup dans la mendicité, en vain. Il a tout le temps refusé de mendier, parce que cela n’est pas nécessaire.

Quant à leur association des handicapés du quartier qu’il habite, la formation au métier exige de chaque handicapé d’aller mendier pour verser les frais d’achat des fils, du fer, pour la confection des chaises, des ballons ou encore dans les travaux métalliques comme la soudure. Le matériel de fabrication est à la charge des handicapés. C’est bien pour ceux qui sont inspirés dans le travail de métier. Ils peuvent y réussir et être utiles à la société. Ailleurs, au Burkina Faso, moi, j’ai déjà appris le montage des pièces de motos et de vélos. Mais, moi, cela ne m’intéresse pas.

Je préfère exercer dans mon propre business, le commerce. Je suis à l’aise dans ce métier. Cela me rend indépendant. A la question de savoir ses projets. Sans détours, il dit directement qu’il veut un fonds pour ouvrir une boutique, afin d’être stable sur tous les plans. Sa sécurité pourrait être garantie, s’il quitte les risques auxquels il est permanemment exposé à la rue. Il indique un coin dans le quartier Boukoki, à Niamey, où il a des parents et peut bien faire une boutique pour réaliser ses projets. 

Lawali Ali explique que « la mendicité ne rend jamais riche, encore moins libre ».      

« Lorsque j’étais plus petit, mes parents m’avaient envoyé chez un oncle à Birnin Kebbi, au Nigéria, pour étudier le Coran. Pendant quatre (4) ans, j’ai fini la lecture du Coran 3 fois ». A ce niveau précis, à notre demande, il a lu un long verset du Coran pour nous le prouver.

Après un moment de rires et de taquinerie pour lui dire qu’il est déjà un grand connaisseur, un marabout. Il rejeta le qualificatif, bien entendu par modestie (éducative). « J’ai enseigné moi-même 5 enfants jusqu’à ce qu’ils terminent la lecture du Coran, par les soins de mon marabout ». Un jeune vendeur de colas de passage, l’apostrophe sous nos yeux. Nous l’interrogeons pour en savoir plus sur Lawali. Il explique qu’il est couramment ici et achète souvent la cola avec lui.

MOUSSA NAGANOU

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Author: Mourya Niger