La Guerre Russo-ukrainienne et les Réalités des relations Nord-Sud : des Surprises Africaines !

Les habitants de la planète terre, en particulier les auditeurs de la radio, les téléspectateurs et les lecteurs de presse sont réveillés le 22 février 2022 par des reportages des coups de canons et de cacophonie des mitrailleuses : le monde civilisé est en guerre. Le vieux ‘continent’ dont les guerres interétatiques sont toujours qualifiées des ‘guerres mondiales’ est encore, en fois de plus, en guerre. Les narratives diffèrent les medias russes et leurs alliés parlent des opérations militaires spéciales russes en Ukraine alors que les occidentaux décrient l’invasion russe en terre ukrainienne.

Les media occidentaux ne parlent plus de COVID-19, ils sont de plus en plus préoccupés à unilatéralement vanter les courages du Président Ukrainien, Vladimir Zelenski à se défendre contre les actions lucifériennes du Président Russe, Vladimir Poutine. Ce scenario médiatique rappelle l’invasion américaine de l’Afghanistan en 2001 et de l’Irak en 2003. Les occidentaux accusaient plutôt l’envahi et non l’envahisseur. Selon les medias en ce temps, si les Talibans avaient refusé refuge à Osama Ben Laden et si, Saddam Hussein avait renoncé aux armes de destruction massive, il n’y aurait pas eu de l’invasion. Cela laisse à imaginer si la Russie aurait été les États-Unis et l’Ukraine le Mexique, les medias occidentaux seront de quel côté ?

L’Afrique qui avait suivi le band-wagon, c’est-à-dire la vague diplomatique, pendant l’invasion américaine a pu prendre conscience vis-à-vis de la situation en Ukraine. Si la plupart des États africains ont salué les actions de l’OTAN sous le leadership américain, il n’en est pas le cas cette fois-ci. La majorité des leaders africains ont ni condamné et ni loué l’action militaire russe en Ukraine. Cette posture a redonné à l’Afrique son poids diplomatique et son importance économique sur la scène internationale. Cela signale que l’Afrique n’est plus un continent de guerres tribales et jamais une cicatrice sur la conscience humaine comme le disait l’ex-Premier ministre britannique, Tony Blair.

L’Afrique est visitée, tour à tour, par les Chefs d’État occidentaux ou leurs ministres d’État. Les visiteurs apportent, respectivement, le salut de leur peuple et veulent étendre les sphères de business. Les académiciens et les spécialistes des études stratégiques constatent la décadence du monde unipolaire américaine. Le système économique autrefois unipolaire s’ébranle petit à petit. Le pétrodollar doit désormais compéter avec des nouveaux acteurs.

Le Dollar est substitué par des monnaies nationales dans le commerce international par les poids lourds de producteurs de pétrole. La Russie ne vend plus ces produits en Dollars ou en Euro, il faut le Rouble.

L’Arabie Saoudite, l’Inde et la Chine augmentent leurs échanges en leur monnaie locale respective. La coalition économique BRICS – Brazil, Russia, Inde, China et South Africa  reçoit des demandes d’adhésion des pays des différents continents, Afrique, Asie et Amérique Latine.

L’Afrique subsaharienne, en particulier, les États Ouest africains, autrefois anciennes colonies françaises, sont plus engagés, à l’interne, à faire face au conflit Russo-ukrainien qu’à résoudre leurs propres problèmes de gouvernance. Les marches populaires sont plus colorées des drapeaux russes que des placards qui, traditionnellement convoient des messages politiques aux autorités politiques. Des drapeaux français et parfois des locaux des ambassades sont brulés par des populations. Les citoyens des pays concernés demandent à la France de faire place à la Russie. Si la masse est ignorante des réalités de la politique internationale et se laisse facilement manipulée, les lettrés ne le devront pas l’être.   

Historiquement, l’intervention politique étrangère dans des pays en crise apporte rarement des solutions. Dans la majorité des cas, elle ouvre des opportunités aux politiciens locaux et aux militaires qui deviennent des nouveaux maîtres.

L’intervention de l’OTAN en Lybie, qui mit fin à la dictature de Kadhafi, n’a pas apporté la démocratie tant désirée par les libyens. Il en ait de même en Irak où les citoyens vivaient mieux sous Saddam Hussein que sous le régime démocratique.

L’intervention de l’Iran, d’une part et d’autre part l’Arabie Saoudite et ses alliés, au Yémen a plus détruit le pays que le construire. La présence en Syrie, des États-Unis, de l’Iran et de la Russie n’a rien changé dans le quotidien des syriens.

Ces puissances militaires étrangères défendent leur présence en Syrie par la lutte contre le terrorisme.  La même raison est avancée par les pays étrangers au Sahel : la fameuse lutte contre le terrorisme. Au Sahel, que ce soit les États-Unis, la France ou la Russie, l’intervention militaire vise de prime abord leur intérêt national et non celui du pays hôte. 

En relations internationales, les pays courent toujours derrière leur intérêt national et non celle des autres. Cependant, ils prétendent toujours venir au secours des autres et l’aider à se développer. C’est pourquoi l’Afrique devient de plus en plus pauvre malgré ses amitiés avec les autres. Les pays des autres continents n’ont que leurs intérêts à défendre et non l’intérêt de l’Afrique.

La guerre en Ukraine est et doit être une leçon pour les pays africains qui attendent de l’aide militaire pour lutter contre le terrorisme sur leur territoire national.

Sur le plan militaire, l’OTAN et les États-Unis ont plus investi des fonds et des matériels pour les forces ukrainiennes, en 9 mois (de février au novembre 2022) qu’ils l’ont fait pour la lutte contre le terrorisme au Sahel. Les États-Unis  ont mis plus de 6 milliards de Dollars. Chose surprenante, les pays occidentaux n’ont pas attendu l’appel de l’ONU pour prendre l’initiative.

Et pourtant, le Niger pendant son mandat à la présidence du Conseil de Sécurité des Nations Unies a présenté le dossier de G5 Sahel pour son financement. Malgré les manœuvres et les gymnastiques diplomatiques, les efforts du Niger n’ont pas porté fruits. Le bon samaritain des occidentaux en particulier ceux qui soutiennent l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie s’explique par leur prédilection pour leur intérêt national.     

L’intérêt national, en Relations Internationales, est stratifiée en stratégique/non négociable et secondaire/ négociable. Il est dit stratégique quand il est lié à l’existence et à la survie d’une nation ; et négociable quand il s’agit de son épanouissement ou certaines questions liées à ses citoyens. Le soutien inédit des occidentaux à l’Ukraine est lié à leur intérêt national stratégique.

C’est pourquoi, au début de la guerre ils se sont assignés la tâche d’affaiblir la Russie qu’ils trouvent un danger à leur survie ; survie économique et géostratégique pour les États-Unis et la Grande Bretagne. En termes de dépenses pour l’Ukraine, la Grande Bretagne est seconde. Cette prise de position de Londres est plus liée à sa survie économique qu’au secours de l’Ukraine.

Certes, les pays sahéliens intéressent les occidentaux mais cet intérêt n’est pas primordial pour eux. Il en est de même pour la Russie qui trouve un débouché pour ses sociétés et une opportunité d’étendre son influence diplomatique sur la scène internationale. Les leaders politiques et militaires africains qui rêve d’obtenir une garantie sécuritaire de la Russie doivent se réveiller. L’exemple de la Lybie pique aux yeux. La Russie a soutenu Maréchal Khalifa Haftar, alors chef d’État de facto et contrôle Benghazi, contre le Gouvernement de tripoli qui a été sur le point de tomber.

Mais, l’intervention de la Turquie pour le compte du Gouvernement de Tripoli a occasionné tout simplement la retraite des russes du territoire libyen. Si la présence de la Russie aurait été justifiée par son intérêt stratégique, Moscow aurait combattu acharnement, comme le cas actuellement en Ukraine, aux côtés de Marechal Haftar.    

La sécurité d’un pays doit d’abord commencer par ses voisins immédiats. Les États Nations y inclus les supers puissances en sont conscients.

C’est pourquoi les États-Unis ont failli commencer une guerre nucléaire en 1962 à cause de la présence des missiles soviets au Cuba, cas similaire pour la Russie en Ukraine qui rejette le rapprochement de cette dernière avec l’OTAN.

Le Nigéria sous la menace du groupe djihadiste, Boko Haram, depuis 2009, a été obligé de faire recours a ses voisins pour sa propre sécurité. Il lui a fallu le concours de ses voisins dont le Cameroun, le Niger, le Tchad et le Benin pour mettre une force conjointe pour combattre Boko Haram qui avait occupé une bonne partie de l’État Fédéré de Borno.

Cette force sous régionale, Force Mixte Multinationale (FMM) du Bassin du Lac Tchad, a été mobilisée et engagée dans la lutte contre Boko Haram grâce aux efforts de la République du Niger et, en particulier aux sacrifices de l’ancien président Mouhamadou Issoufou.

Un article sera dédié à la FMM prochainement…

Les pays souverains ouest africains, en particuliers les anciennes colonies françaises, ont le droit de redéfinir leurs stratégies de bâtir leurs nations. Ils peuvent multiplier leurs partenaires à l’exemple du Niger, dont la coopération est élargie à la France, la Grande Bretagne, les États-Unis, la Chine, la Russie, la Turquie, etc.

Ce pays de Ténéré a non seulement su garder sa neutralité vis-à-vis des superpuissances en compétition sur la scène internationale mais aussi préserver le bon voisinage avec des pays frères. Les leaders nigériens actuels, comme leurs prédécesseurs, sont à louer dans la conduite de la diplomatie avec leurs voisins.

Malgré les mésententes, souvent avec des échanges des tirs de feu de la part des forces armées, avec le Tchad dans la région frontalière de Tibesti ; avec le Nigéria dans la région frontalière de Diffa ou la question de frontière avec le Burkina Faso, les autorités de Niamey ont toujours privilégié la diplomatie aux confrontations.

Les analystes ne se sont pas attendus au comportement sage de Chef d’État Nigérien qui a été visé par des propos déplacés du Premier Ministre malien sur le podium des Nations Unies lors de la dernière Assemblée Générale.

Une telle maitrise de soi de la part d’un leader politique et surtout une gestion inédite d’une attaque de telle sorte, par la diplomatie nigérienne doivent être inscrite dans les Annales de la politique internationale.      

Dr. Mohammed D. UMATE

Spécialiste des Relations Internationales,

modzate2@gmail.com

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Author: Mourya Niger